Le prix des engrais sous influence mondiale (décryptage marché)

Les fertilisants font l’objet d’intenses échanges commerciaux visant à équilibrer l’offre et la demande à l’échelle du globe. C’est un marché mondialisé auquel la France, qui est largement importatrice, se trouve intimement connectée.
Qui fait le prix des engrais en France ?
La question est posée alors que les prix de ce facteur de production, absolument essentiel à l’élaboration du rendement des cultures, sont régulièrement le siège d’une forte volatilité. D’autant plus pour l’azote qui joue directement et mécaniquement sur le rendement. Ainsi, lorsque les prix montent, la demande baisse très peu et inversement.
Un marché globalisé
Le prix est le reflet de l’équilibre entre l’offre et la demande à un instant « T ». Or cet équilibre se fait largement à l’échelle mondiale. En effet, ce sont les cours mondiaux qui servent de référence. En outre, une grande part des engrais transite à l’international du fait que la production est localisée dans les pays disposant de ressources compétitives en gaz pour fabriquer l’azote, ou en minerai pour le phosphore et la potasse. Or ces ressources sont très inégalement réparties. La France qui importe une grande partie de ses engrais, est particulièrement exposée aux évolutions des cours mondiaux.
Fluidité logistique
L’équilibre entre l’offre et la demande ne peut se faire sans l’accès à une chaîne logistique opérationnelle. La logistique, a fortiori maritime pour le transport mondial des engrais, représente donc une part significative de l’équation. La disponibilité des navires vraquiers, la fluidité de la circulation sur les nœuds stratégiques maritimes (canal de Suez, canal de Panama, navigabilité du Rhône…), la disponibilité des places de stockage dans les ports, la fluidité du déchargement, sont autant de facteurs qui ont des effets sur l’accès à la matière première et donc sur les prix pour les agricultrices et agriculteurs.
Lien aux prix du gaz
L’offre en engrais, c’est-à-dire surtout la production, dépend elle-même de la disponibilité des ressources pour les fabriquer. C’est ainsi que les prix des engrais sur les marchés européens sont restés à un niveau élevé depuis la guerre en Ukraine, car la disponibilité du gaz russe à des prix compétitifs pour produire l’azote dans l’Union n’est plus assurée. Dans plusieurs régions d’Europe, les hausses du prix du gaz ont provoqué la fermeture ou la réduction drastique des capacités de production d’ammoniac nécessaires à la transformation en ammonitrates.
Crises géopolitiques
Les facteurs géopolitiques ont régulièrement des incidences spectaculaires sur les prix, notamment lorsqu’ils concernent les grands pays producteurs d’engrais, ou lorsqu’ils créent de l’instabilité pour le fret maritime. Les perturbations dans les pays du Golfe, notamment via le détroit d’Ormuz ou la mer Rouge, ont fait flamber les primes d’assurance, rallongé les routes maritimes et engorgé les ports. Une grande nervosité peut ainsi s’emparer des opérateurs, conduisant les prix toujours plus à la hausse. Les mécanismes financiers, monétaires et réglementaires s’ajoutent également et peuvent impacter le coût aux agriculteurs. La mise en place progressive dès 2026 du MACF (Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières, CBAM) entraînera des taxes sur les engrais les plus carbonés, ce qui devrait mécaniquement jouer à la hausse.
Variation de la demande
En parallèle, la demande mondiale en engrais azotés est plutôt stable chaque année. La demande est surtout plus forte lorsque les prix des productions agricoles sont élevés et inversement.

Les possibilités de recourir davantage aux engrais organiques, aux cultures de légumineuses, voire au tournesol restent limitées. (A. DUFUMIER)

