Anticiper ses apports de soufre aux cultures
Avec des tensions à prévoir sur les marchés internationaux en 2026/2027, il est conseillé pendant la morte saison des engrais de sécuriser son approvisionnement via les engrais azotés soufrés disponibles.
Le soufre et l’azote sont biologiquement indissociables au sein de la plante car ils entrent ensemble dans la composition des acides aminés essentiels, comme la méthionine et la cystine, qui sont les briques élémentaires des protéines végétales. Lorsqu’un apport d’azote minéral est réalisé sans soufre complémentaire disponible, la plante se retrouve dans l’incapacité de métaboliser correctement cet azote. Ce blocage physiologique entraîne une accumulation de nitrates non transformés dans les tissus, ce qui non seulement pénalise le rendement final, mais également la vigueur des cultures. En ajoutant du soufre, l’agriculteur « débloque » l’usine à protéines de la plante. Elle consomme l’azote plus vite et plus efficacement, ce qui booste la croissance et le rendement. Potentiellement, en ajoutant du soufre, l’efficacité de l’azote sera meilleure dans les cas où la disponibilité en soufre est limitante. Dans les engrais azotés, privilégier la forme sulfate associée directement est conseillé pour profiter d’une biodisponibilité du soufre synchronisée avec celle de l’azote. Le soufre élémentaire quant à lui doit être transformé par les bactéries du sol, ce qui est trop lent pour piloter la libération du soufre biodisponible au plus proche des besoins des plantes.
Des sols appauvris
L’actualité agronomique de 2026 rappelle toute l’importance de cette stratégie de couplage. Les bilans de Reliquats Sortie Hiver (RSH) montrent des niveaux d’azote et de soufre historiquement bas dans les sols à la suite de pluies excédentaires de l’automne et de l’hiver 2025. Le soufre, sous sa forme sulfate, est un élément extrêmement mobile dans le sol. Les cumuls de précipitations ont provoqué dans de nombreuses régions de grandes cultures, une lixiviation massive. Or, l’absence de soufre disponible au stade épi 1 cm sur céréales ou au début de la montaison sur colza peut entraîner des pertes de rendement majeures comme l’a bien documenté Arvalis. Cette situation est exacerbée par la disparition quasi totale des retombées atmosphériques de soufre, qui étaient autrefois une source gratuite issue de la pollution industrielle.
Baisse des disponibilités mondiales
Le contexte géopolitique mondial ajoute une couche de complexité à cette équation agronomique. Le marché mondial du soufre traverse une phase de tensions structurelles majeures en ce début d’année 2026. Le soufre élémentaire voit sa disponibilité se contracter. Les analyses de marché comme celles de SunSirs (Sulfur Market : 2025 Review and 2026 Outlook), indiquent un déficit structurel mondial de plus de 5,13 millions de tonnes pour l’année 2026. Cette pénurie s’explique par deux facteurs opposés : d’un côté, une offre contrainte par la transition énergétique qui réduit les capacités de raffinage traditionnelles, et de l’autre, une explosion de la demande hors agriculture. Le secteur des batteries électriques, notamment pour la production de phosphates de fer et de lithium (LFP), capte désormais une part croissante du soufre disponible, entrant en concurrence directe avec l’industrie des engrais. Par ailleurs, en tant que coproduit de l’industrie pétrolière abondamment produit par les pays du Golfe Persique, le soufre est impacté par la crise militaire dans le détroit d’Ormuz.
Résister à l’impasse
Cette rareté a un impact immédiat sur le prix des engrais soufrés. Après une envolée des cours de 115 % courant 2025, les prix du soufre en 2026 restent sur des plateaux élevés, testant des sommets historiques. Pour l’agriculteur, la tentation de faire l’impasse sur le soufre pour réduire les coûts de l’itinéraire technique est réelle, mais agronomiquement risquée. En période de prix d’azote élevés, sécuriser la valorisation de chaque unité d’azote apportée grâce à un complément associé en soufre est la stratégie la plus rentable.
Dans les engrais azotés, privilégier la forme sulfate associée directement est conseillé pour profiter d’une biodisponibilité du soufre synchronisée avec celle de l’azote.


