Des couverts pour stocker plus de carbone
La mise en place d’intercultures est la pratique la plus efficace pour régénérer le capital de matière organique jusqu’à une rémunération possible sous forme de crédits carbone. Décryptage.
Les couverts végétaux représentent de loin le levier le plus prometteur pour le stockage additionnel de carbone dans les sols agricoles en France. Leur potentiel est affiché par l’INRAE à trois millions de tonnes (Mt) de carbone (élément chimique pur), soit l’équivalent de 11 Mt en équivalent gaz carbonique (CO₂). C’est plus que l’agroforesterie qui pourrait concourir au stockage à hauteur de 2 Mt de carbone pur, d’après les chiffres issus de l’étude « Stocker du carbone dans les sols français, quel potentiel au regard de l’objectif 4 pour 1000 et à quel coût ? » publiée par l’INRA (aujourd’hui INRAE) en 2019. [1]
Régions de grandes cultures
En généralisant l’insertion et l’allongement des cultures intermédiaires, l’étude précise que les sols arables français pourraient stocker en moyenne +126 kg de carbone par hectare et par an sur l’horizon 0–30 cm, soit environ 2 MtC/an à l’échelle nationale. Cela correspond à 35 % du potentiel total de stockage additionnel identifié en grandes cultures, ce qui fait des couverts le levier numéro un. Le stockage est d’autant plus marqué dans les régions de grandes cultures à faibles teneurs en matière organique comme le Bassin parisien, alors qu’il est plus limité en Bretagne ou Pays de la Loire. Dans ces régions d’élevage, le retour au sol des effluents organiques fait que les besoins en régénération du carbone des sols sont moins grands.
Financer la transition
Logiquement, les couverts végétaux représentent aujourd’hui déjà le pilier de dispositifs de rémunération carbone dans les sols. La filière de maïs popcorn du Gers, Nataïs, a par exemple entrepris de financer l’implantation de couverts par la mesure des crédits carbone générés. Une coopérative comme Euralis commercialise une gamme de couverts végétaux spécialement orientée vers le stockage de carbone. L’entreprise Soil Capital, de son côté, valorise environ 40 €/t de CO₂ stocké dans les sols aux adhérentes et adhérents de leur programme.
Couverts
Ces programmes de stockage dans le sol engagent les exploitants à maximiser le temps de présence des couverts dans les parcelles pour améliorer cet effet de capitalisation. Un couvert qui a plus le temps de produire de la photosynthèse a en effet plus de temps pour fabriquer de la matière organique dans ses tissus et au travers de ses exsudats. En outre, un couvert qui n’atteindrait pas un niveau de maturité suffisant peut au contraire déminéraliser la matière organique du sol par l’effet d’amorçage de la rhizosphère. Cet effet pourrait ne pas être compensé par les restitutions au sol de tissus immatures et peu récalcitrants.
Gains sur l’azote
En stockant du carbone, les agriculteurs et agricultrices peuvent aussi stocker de l’azote par l’effet « piège à nitrates », mais aussi par l’effet fixateur lorsque des légumineuses sont présentes. Bien gérés, ces couverts restituent ainsi, sous forme de reliquats, de l’azote disponible pour les cultures. C’est autant d’azote minéral en moins, et donc une source d’évitement d’émissions liées à la fabrication des engrais.
Économie d’exploitation
Pour faire basculer les systèmes agricoles vers un usage plus « intensif » des couverts, encore faut-il qu’ils s’intègrent bien dans l’organisation et l’économie des exploitations. Et de fait, des économies sont attendues par les effets de recyclage des minéraux du sol par les racines. En outre une bonne gestion des couverts peut permettre de réduire le travail du sol par l’installation d’une meilleure fertilité physique et biologique. Retrouver une bonne structure de sol à moindre coût constitue un enjeu pour assurer la fertilité hydrique et faciliter la bonne implantation des cultures.
[1] Laure Bamière, Michele Schiavo, Olivier Rechauchère, Sylvain Pellerin. Stocker du carbone dans les sols français, quel potentiel au regard de l’objectif 4 pour 1000 et à quel coût ?. Agence de
l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie ; INRAE. 2019, 12 p. hal-02940680
Facultatif :
Tableau : Potentiel de stockage de carbone en grandes cultures selon les pratiques (INRAE, 2019)
| Pratique | Stockage additionnel (kg C/ha/an, horizon 0–30 cm) | Assiette concernée (Mha) | Stockage total (Mt C/an) | Part du potentiel total en grandes cultures |
|---|---|---|---|---|
| Couverts végétaux (cultures intermédiaires) | +126 | 16 | 2,02 | 35 à 41 % |
| Agroforesterie intraparcellaire | +207 | 5,3 | 1,1 | ~19 % |
| Prairies temporaires (insertion/allongement) | +114 | 6,6 | 0,76 | ~13 % |
| Semis direct | +60 (mais effet nul à l’échelle du profil) | 11,3 | 0,68 | ~11 % |
| Apports organiques exogènes (composts, digestats) | +61 | 4,2 | 0,26 | ~5 % |
| Haies | +17 | 8,8 | 0,15 | ~3 % |
| Total grandes cultures | — | — | ~4,96 | 100 % |

