Les ammonitrates mettent-il vraiment l’urée KO ?

Légende photo : L’urée est moins sécurisante que les ammonitrates car les situations climatiques favorables à des pertes d’azote élevées pénalisent d’avantage l’efficacité de l’urée.
Les références techniques montrent globalement que l’ammonitrate reste la forme de référence sur le plan agronomique et environnemental, même si les technologies de protection de l’urée réduisent une part de l’écart en termes d’efficacité.
Sur le plan strictement agronomique, les synthèses d’essais conduites par Arvalis indiquent que les ammonitrates présentent généralement une meilleure efficience d’absorption de l’azote que l’urée lorsqu’elle est utilisée sans technologie de protection. Cette supériorité est attribuée à des pertes par volatilisation ammoniacale plus faibles. L’institut technique précise que « sur le plan de l’efficience de l’absorption de l’azote, les ammonitrates sortent gagnants devant l’urée lorsque ces formes sont sans additif ni enrobage » et que l’urée peut conduire à une teneur en protéines légèrement inférieure en blé.
Des aléas avec l’urée
Les différences de rendement entre les deux formes ne sont toutefois pas systématiques, mais l’urée est moins sécurisante car les situations climatiques favorables à des pertes d’azote élevées pénalisent davantage l’efficacité de l’urée. Le facteur déterminant dans cette comparaison reste la volatilisation ammoniacale, qui constitue à la fois une perte économique pour l’agriculteur et une source d’émissions atmosphériques. Les références techniques indiquent que l’urée granulée figure parmi les formes les plus sensibles à ce phénomène, notamment en conditions sèches, chaudes ou ventées. Des expérimentations montrent cependant que l’enfouissement de l’urée peut ramener son efficacité à un niveau plus élevé dans ces situations.
Différentes technologies d’inhibition
L’apparition des urées protégées modifie sensiblement l’analyse technique. Les essais conduits sur des produits intégrant ces technologies montrent qu’ils peuvent atteindre une efficacité agronomique équivalente à celle de l’ammonitrate lorsque les conditions de volatilisation sont défavorables à l’urée standard. Cependant, les inhibiteurs ne font pas l’objet d’études d’homologation quant à leur impact sur la vie microbienne des sols.
Facilité de stockage
La question du stockage constitue un autre élément structurant dans la comparaison entre ammonitrates et urée. Les ammonitrates relèvent d’une réglementation plus stricte en matière de sécurité, notamment en raison de son classement comme matière comburante, ce qui impose des conditions spécifiques de stockage, de séparation et de déclaration administrative. Cependant, des ammonitrates à moyen dosage (CAN 27) sont mis en avant comme présentant nettement moins de risques, avec des contraintes plus faibles que pour le haut dosage. L’urée ne présente pas ce niveau de contrainte réglementaire.
Sécuriser l’approvisionnement
Dans le contexte actuel, l’analyse doit également prendre en compte la sécurité de l’approvisionnement. Les ammonitrates sont produits localement sur les bassins européens, tandis que l’urée dépend de destinations lointaines et aux contextes géopolitiques parfois incertains. La proximité de certains ports pour des bassins de production français rend néanmoins localement l’urée attractive en permettant aussi de multiplier ses sources d’approvisionnement. À savoir toutefois que l’urée comporte dans sa formule chimique du dioxyde de carbone (200 kg par tonne d’urée) qui est immanquablement libéré dans l’atmosphère après épandage. L’urée ne sera jamais la meilleure solution pour réduire l’empreinte carbone.


